Bien qu’à priori très différents, Modeste proposition… et L’homme qui rit, ont un même objectif : dénoncer la misère du peuple.
Dans Modeste proposition…, Swift dénonce la misère sociale et humaine qui touche la population irlandaise à son époque par le biais de la provocation ironique en proposant de remplacer une barbarie (la misère) par une autre (l’anthropophagie), pour mieux souligner l’horreur de la première. Il fonde pour cela son propos sur une logique apparemment implacable : puisque les pauvres sont déjà « dévorés » (au sens figuré), par les riches, il propose que les enfants des classes pauvres soient vendus comme nourriture (au sens propre) à ceux qui auront les moyens de s’offrir cette « délicieuse nourriture ».
À travers le destin de Gwynplaine / lL’homme qui rit,Victor Hugo met en évidence les fractures sociales qui touchent la société. D’un côté, la misère avec l’univers des vagabonds et des forains, de l’autre, celui de la cour d’Angleterre et du luxe éhonté dans lequel vit la noblesse. Gwynplaine, avec son visage mutilé, est le symbole de l’humanité soumise à la misère et à l’injustice.
Ce qui frappe dans Modeste proposition… et dans L’homme qui rit, c’est leur incroyable modernité. La proposition radicale proposée par Swift, bien sûr inconcevable, fait pourtant écho au sentiment actuel d’être face à des politiques économiques déshumanisées. Quant au discours de Gwynplaine devant la Chambre des Lords, il pourrait être dit encore aujourd’hui n’importe où dans le monde, le fossé divisant les « nantis » et les « exclus » restant d’une brûlante actualité…
> L’homme qui rit d’après le roman de Victor Hugo
conception, adaptation et jeu Christine Guênon
> Modeste proposition pour les enfants des classes pauvres
d’après Jonathan Swift
adaptation et jeu David Gabison
mise en scène François Rancillac
à découvrir dans le cadre de Bourreaux d’enfants - Chap. 1
du 19 mars au 5 avril au Théâtre de l’Aquarium
